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Filtre protecteur ou pas ?

Voilà un sujet qui agite régulièrement les forums photo – mais ce n'est pas un sujet à la mode lié au développement du phénomène internet puisqu'il en était déjà amplement question dans les magazines que je dévorais il y a [ censuré ] quand j'ai commencé la photo.
Alors, doit-ou non mettre un filtre dans le seul but de protéger son précieux objectif ?


Les partisans du filtre protecteur ont d'excellents arguments : vu qu'un objectif coûte plusieurs centaines d'euros, pourquoi courir le risque d'endommager la lentille frontale alors qu'elle pourrait être protégée pour quelques dizaines d'euros au moyen d'un filtre. Et les exemples abondent de filtres rayés, cassés, souillés...
Même si l'argument est particulièrement frappant, je dois dire qu'il ne m'a jamais totalement convaincu. J'ai eu ma période "filtre", puis ma période "non filtre" et ma période "mixte" (certaines optiques avec filtres, d'autres sans). Mais si de nombreux avatars sont arrivés à mes objectifs au fil du temps, aucun n'a jamais été rayé. Je n'en tire pas d'enseignement universel pas plus que je pense que l'on doive déduire des quelques exemples de dommages aux filtres que ces derniers ont "sauvé" les objectifs sur lesquels ils étaient montés.

L'une des raisons pourrait être que la lentille frontale n'a certainement pas la même composition qu'un filtre et est moins fragile que ce dernier. Il se peut aussi que l'on prenne moins d'égards à l'égard d'une optique "protégée"; ainsi, on oublie trop souvent de mettre le bouchon d'objectif en place dès que l'appareil n'est pas utilisé, le filtre est très proéminent et beaucoup plus sujet aux doigts baladeurs, on nettoie le filtre n'importe comment et n'importe quand, etc.

Les arguments principaux contre les filtres sont essentiellement les suivants : on ajoute un volume air-verre supplémentaire qui n'a pas été pris en compte dans la formule optique; le filtre, même s'il est de bonne qualité, risque d'introduire des déformations et des reflets parasites, en particulier en cas d'éclairage rasant ou de contrejour; on aura tendance à prendre moins soin de ses objectifs lorsqu'on les sait protégés; et le dernier, exactement l'inverse de celui utilisé en faveur des filtres protecteurs: si on achète une optique de plusieurs centaines d'euros après l'avoir choisie avec soin, fruit des travaux d'opticiens et d'ingénieurs, ce n'est pas pour lui coller un bout de verre devant !

Les conseils Leica

J'ai trouvé le texte suivant sur la notice accompagnant une optique Leica :
"Quand les conditions sont défavorables, par exemple au bord de la mer, dans les pays tropicaux, etc., un filtre UVa, non coloré, protège la lentille frontale de l'objectif contre les atteintes extérieures comme les embruns ou le sable.
Mais la surface de verre supplémentaire représentée par le filtre peut, quand la lumière l'atteint sous certains angles, en particulier en contrejour ou quand les contrastes de lumière sont grands, être la cause de reflets indésirables. Le parasoleil est très important et il évite également que l'on touche la lentille frontale par inadvertance ou qu'elle soit atteinte par la pluie."

En guise de conclusion

Comme je l'ai dit au début, cela fait des dizaines d'années que les uns conseillent de mettre un filtre pour protéger l'objectif tandis que les autres donnent le conseil inverse. Ce n'est donc pas moi qui vais arbitrer ce vieux débat - même si je ne cacherai pas que je suis plutôt anti-filtre.
En revanche, on ne soulignera jamais assez l'importance de
  • utiliser un paresoleil en permanence (adapté à la focale de l'objectif)
  • laisser en place le bouchon d'objectif le plus souvent possible
Si on doit utiliser un filtre (conditions d'environnement défavorables):
  • utiliser un filtre UV (non coloré) et non un filtre "skylight" (rosé, ambré)
  • choisir des filtres en verre, de la meilleure qualité
  • appliquer les règles usuelles de nettoyage
Avec les objectifs grand-angle, l'épaisseur de la monture du filtre devrait être la plus fine possible; en effet, le champ couvert par ces optiques étant très large, une monture épaisse peut induire du vignettage quand le paresoleil est en place. Ces filtres sont souvent désignés par l'appellation "slim".
Pour choisir un filtre neutre, placez-le sur une feuille de papier blanc; vous verrez ainsi aisément s'il introduit la moindre coloration; faites de même pour sélectionner un filtre parmi plusieurs : lorsqu'ils sont placés côte à côte sur une feuille blanche, les filtres se différencient facilement.

Un ajout important

J'ai découvert récemment un site internet très intéressant, celui de Paul van Walree, accessible à cette adresse qui traite notamment de différentes questions d'optique en rapport avec la photographie. Il consacre en particulier un chapitre au problème du flare supplémentaire créé par l'ajout d'un filtre dit protecteur; je reproduis ci-dessous une partie du texte et les images de P. van Walree et vous invite à aller voir la page en question : http://www.pinnipedia.org/optics/filterflare.html.

Les photos ont été prises avec un objectif Zeiss Planar 50 mm 1.4, à f/2 et une pose de 30 secondes sur un film de 100 ISO; inutile de préciser que les filtres étaient propres. La pelouse sombre au premier plan est redoutable pour bien mettre en évidence les images fantômes dues au flare.

Les images 1-3 sont des extraits de 5,7 mm sur 4,0 mm du centre des diapos originales. Sur l'image 1, sans filtre, on ne voit aucune tache lumineuse sur la pelouse. Par contre, sur l'image 2 l'ajout d'un filtre UV de haute qualité crée des images fantôme de l'éclairage public. En montant un fitre UV bon marché (image 3), le flare crée des taches lumineuses plus nombreuses et plus fortes, et on peut même voir une fenêtre sur la pelouse sombre.

sans filtre
Image 1 : sans filtre

avec filtre Contax
Image 2 : avec filtre UV Contax multicouche.

avec filtre anonyme
Image 3 : avec filtre UV "sans marque"

Il est aussi intéressant d'examiner l'influence de l'ouverture du diaphragme sur le flare dû au filtre. Pour ce faire, j'ai sélectionné une portion plus grande de la diapositive d'origine, à savoir 18,7 sur 8,6 mm. Sur l'image 4, le diaphragme est de f/2 avec le filtre "sans marque", et sur l'image 5 l'ouverture est de f/8 (avec, naturellement, une pose plus longue pour compenser la plus petite ouverture). Comme on peut le voir, l'ouverture joue un rôle. A f/8, le flare est moins prononcé et il y a moins de reflets parasites. On constate aussi que les lampes de l'éclairage public prennent une forme en étoile, caractéristique des vues nocturnes à petite ouverture.

f:2
Image 4 : avec filtre à f/2

f:8
Figure 5 : avec filtre à f/8


Le risque de flare dû au filtre diminue avec la focale, avec l'ouverture, avec l'éloignement des lumières du centre de l'image et avec la qualité du filtre. Mais le moyen le plus sûr d'éviter ce type de flare est de ne pas mettre de filtre !


Il y a encore beaucoup d'autres considérations très intéressantes sur ses pages consacrées à l'optiquehttp://www.pinnipedia.org/optics.html mais je ne voudrais pas abuser de la gentillesse de Paul van Walree qui m'a autorisé à reproduire une partie de son texte et je vous invite à aller voir son site !




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