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Le courrier des lecteurs


Le diaporama numérique :
Serions nous en train de scier la branche sur laquelle nous sommes assis ?
[ Michel Deluen ]

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M. Deluen
Lorsque j'entends autour de moi des propos tenus lors de la présentation d'un site faisant l'éloge du diaporama numérique dans le genre : "Ceci est fort intéressant car voilà enfin un moyen de visualiser de vrais fondus enchaînés sur un ordinateur et cela laisse présager d'un avenir numérique pour nos chers montages", cela me ramène aux propos tenus au sein des clubs cinéma il y a un peu plus de 30 ans lors de l'avènement du Super 8 et surtout de la vidéo qui, à entendre les spécialistes de l'époque, allaient révolutionner le cinéma amateur. Qu'en est-il aujourd'hui - à part quelques associations et amateurs fortunés qui ont pu s'offrir les Barcos et les caméras de haute technologie capable de projeter des images tout justes aussi bonnes que celles réalisées avec des caméras 8 mm ou super 8, 15 ou 20 ans auparavant… ?

Je crains qu'en ce qui concerne le diaporama nous n'embarquions sur le même navire si nous n'y prenons garde. Quel industriel va investir des dizaines de millions d'euros pour fabriquer quelques dizaines ou quelques centaines de vidéoprojecteurs et armoires informatiques capables de restituer les images numériques réalisées par les derniers reflex numériques - dont les caractéristiques sont malgré tout encore en retrait par rapport aux meilleurs films diapos - et quel amateur, même passionné et fortuné, est prêt à investir quelques dizaines de milliers d'euros pour un résultat hypothétique ?

Actuellement, ce matériel existe au niveau professionnel avec des possibilités intéressantes pour les super doués de la souris; mais le résultat final est malgré tout en retrait par rapport à l'argentique en qualité d'image. Lorsqu'on aborde la partie gros sous, même en étant très optimiste, il apparaît qu'un matériel de projection numérique est environ dix à trente fois plus coûteux qu'un matériel argentique très haut de gamme, c'est-à-dire de l'ordre de 100 000 à 200 000 euros, sachant que dans ce budget n'ont pas été pris en compte le coût des remises à jour permanentes des logiciels et matériels informatiques surpuissants.

Mais il y a aussi le problème de pérennité car si en argentique nous pouvons disposer de matériels aboutis, sans bug et qui ont globalement une compatibilité ascendante, il n'en est plus de même en informatique où on nous change les supports, les logiciels et les moyens de sauvegarde à tout bout de champ, avant même leur aboutissement technique. Pour voir, essayez donc de revendre le micro-ordinateur et les logiciels achetés à prix d'or il y a 3 ou 4 ans ou de relire des sauvegardes enregistrées il y a 5 ou 6 ans sur des supports amovibles… Par contre, il est toujours possible de projeter la diapo réalisée il y a quarante ans aussi simplement que celle réalisée trois heures avant la projection.

Je suis peut-être à coté de la plaque mais, jusqu'à ce jour, en dehors des logiciels de programmation de diaporama qui permettent de faire des copies de travail vidéo très intéressantes, je n'ai pas vu de systèmes transcendants en dehors du fait de pouvoir passer quelques petites diapos sur son petit écran d'ordinateur. Il est vrai que, pour moi, créer un diaporama c'est créer quelque chose pour le montrer aux autres, si possible dans une salle de projection, et je vois mal le président du club photo local, lors de la prochaine soirée de diaporama annuelle, louer autant d'ordinateurs que de spectateurs pour que chacun puisse voir une image à peu près correcte. Je sais que comme nous serons en numérique nous serons dans le vent, et qu'à ce titre nous aurons toute la bienveillance de notre public, mais je ne suis pas sûr que nous aurons autant de spectateurs la prochaine fois.

Aussi, avant de scier la branche…
a) réfléchissons un peu aux avantages que peut nous apporter le numérique dans notre passion pour la rendre moins hermétique et gardons-nous de croire ou de faire croire des choses qui ne sont pas à la portée des amateurs surtout lorsqu'on connaît le montant des investissements à envisager.

b) n'oublions pas celui qui, après maintes hésitations, a enfin décidé de remplacer son vieux CD12 ou F101 et ses vieux Carousel de vingt ans d'âge et qui va finir par se demander s'il ne ferait pas mieux d'investir dans une belle canne à pêche.

c) enfin, et c'est peut-être le plus inquiétant, si effectivement de plus en plus de photographes se tournent vers le numérique, aux dernières nouvelles il y en a aussi qui jettent l'éponge au bout de quelques mois et abandonnent, comme l'ont fait avant eux les passionnés de cinéma amateur, pour redécouvrir ou découvrir les joies de la pêche à la ligne.

Michel Deluen

14 septembre 2002

 
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